L'intention de l'enfant.

Bonjour,

 

Lorsque nous nous occupons de jeunes enfants, nous sommes amenéEs à intervenir auprès d'eux, à de nombreuses occasions.

 

Mais nos interventions sont-elles toujours fondées, et indispensables ?

 

Piège du rythme quotidien, volonté de faire respecter une règle, de protéger l'enfant ou les enfants, désir de "bien éduquer"... toutes ces choses nous conduisent parfois à ne pas prendre suffisamment le temps, avant d'intervenir.

 

Bien entendu, je ne parle pas ici des situations de danger imminent, avec un risque réel, qui nécessite de réagir rapidement.

 

Non. Je parle de toutes ces situations anodines du quotidien, où, pour les raisons citées plus haut, nous interrompons l'action de l'enfant sans prendre le temps d'essayer de connaitre, de comprendre, quelle était son intention.

 

Pourtant, en prenant ce temp-là, nous pouvons éviter de multiples petits ou grands conflits, des rapports de force inutiles, désamorcer des tentatives de résistance de la part de l'enfant...

********

Par exemple, un enfant veut suivre à 4 pattes un autre enfant plus grand qui part aux toilettes (situation vécue au RAM ! ). L'adulte l'en empêche.

  • Pourquoi ? Est-ce une règle du lieu, une hypothèse, un principe éducatif de l'adulte ?

 

Mais l'enfant, après un court temps d'hésitation suite au "non" de l'adulte, reprend sa course à 4 pattes pour rejoindre le plus grand.

  • Pourquoi ? Parce qu'il est curieux ! Parce que la curiosité est un moteur puissant chez les jeunes enfants, qui les pousse à observer, agir, comprendre...et ainsi, construire leur intelligence, développer leur persévérance.

 

Je précise qu'il n'existe pas de règle au RAM qui empêche les enfants d'aller dans la pièce de change (dans laquelle se trouve les toilettes enfants).

Par conséquent, y a t-il nécessité absolue d'empêcher l'enfant d'aller voir ce qui titille sa curiosité à ce moment-là ?

 

Nous pouvons simplement aller avec lui, en verbalisant "on dirait que tu as très envie de voir ce qu'il se passe dans cette pièce. Alors, je viens avec toi, et ensuite tu pourras faire autre chose, parce que tu ne peux pas rester dans les toilettes." (règle implicite : les toilettes ne sont pas un espace de jeu).

Nous pouvons vérifier que cela ne dérange pas l'autre enfant. Si nous pensons que cela peut le déranger, nous pouvons attendre qu'il ai fini, avant de permettre au plus jeune d'aller voir.

**********

Autre exemple au RAM : un enfant passe de la salle d'activités à la salle de motricité, avec une assiette de dinette dans les mains.

Une des adultes intervient immédiatement : "non, non, tu ne peux pas amener la dinette de ce côté alors rapporte la là-bas, s'il te plait ! "

 

Concernant cette situation, il y a une règle au RAM : une bande blanche délimite la salle d'activité de la salle de motricité, et les objets/jouets de chacune des salles ne peuvent pas transiter de l'une à l'autre (sauf les poupons...).

 

Mais l'enfant, ignorant l'injonction de l'adulte,  se dirige tout de même vers son assistante maternelle qui se trouve dans la salle de motricité, et lui montre l'assiette en lui expliquant qu'il a fait à manger et qu'il voudrait bien qu'elle "goûte" son plat !

L'assistante maternelle comprend alors pourquoi l'enfant a passé la fameuse ligne avec la dinette. Elle lui répond "oh oui, ça a l'air bon, ce que tu as préparé, mais tu sais qu'on ne peut pas joué à la dinette de ce côté, alors je vais venir avec toi de l'autre côté".

 

Dans ces deux exemples, nous voyons comment nous interrompons l'action de l'enfant, par des interventions trop rapides, du type "action-réflexe". (Dans le 2ème exemple, l'attitude de l'assistante maternelle est tout à fait pertinente)

Or, être professionnelLe de la petite enfance, implique un effort continuel pour passer de l'action-réflexe à l'acte réfléchi.

Cela nécessite de prendre du recul sur nos principes éducatifs, d'être capable d'assouplir une règle, de prendre conscience de ce qui nous fait dire "non" à l'enfant, de nous autoriser à "lâcher prise" sur certaines choses...

Pour l'enfant, c'est sentir sur lui un regard confiant, compréhensif et valorisant de l'adulte.

De cette façon, il peut aussi plus facilement intégrer la règle, qu'elle existe, ou bien qu'elle soit implicite.

 

Dans le premier exemple, en laissant l'enfant aller voir ce qu'il se passe dans les toilettes, on prend le pari qu'une fois sa curiosité satisfaite, il retourne à ses occupations. Exemple maintes fois vérifié dans d'autres situations, et dans différents lieux !

 

Bien sûr, cela ne signifie pas qu'on laisse les enfants "faire tout ce qu'ils veulent", sous prétexte de voir quelle idée ils ont derrière la tête !

Quelquefois, ce n'est pas possible, bien que nous ayons décelé l'intention de l'enfant. Dans ce cas, nous pouvons lui dire que nous avons compris son envie ("je vois bien que tu..."), mais que ce n'est pas possible pour telle ou telle raison.

 

En prenant l'habitude d'observer les enfants, on se rend compte que leurs activités et leurs pensées sont organisées. Leurs intentions sont des preuves d'intelligence. Ils nous montrent un besoin d'expérimenter, de comprendre, d'essayer, de vérifier (la règle, la réaction de l'adulte, la réaction d'un autre enfant...)

 

Nul besoin de rentrer systématiquement en conflit avec l'enfant. Essayons le "gagnant-gagnant", en considérant l'enfant comme un partenaire et en recherchant sa coopération volontaire, plutôt que l'obéissance à tout prix.

 

Prendre le temps, prendre sur soi...pour accompagner l'enfant dans son développement, avec bienveillance.

 

Belle journée !

L'intention de l'enfant.

Rédigé par ram issoire communauté

Publié dans #pedagogie