Se salir, toucher, mettre à la bouche...C'est grandir !

Bonjour,

 

Les jeunes enfants, pour bien grandir, doivent passer par différentes étapes, pas toujours faciles à vivre pour ceux qui s'occupent d'eux.

Cet article s'adresse à nous tous et toutes, adultes, que nous soyons parents et/ou professionnel-le-s de la petite enfance.

Au cours du développement de l'enfant, de nombreux "passages obligés" vont nous demander de prendre sur nous-même, de faire preuve de patience et d'indulgence.

Aujourd'hui, je vais vous parler de 3 de ces passages (mais il y en a plein d'autres...) :

  • L'enfant qui touche à tout
  • L'enfant qui met tout à la bouche
  • L'enfant qui se salit.

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IL TOUCHE A TOUT :

 

  Pour construire son intelligence, pour comprendre son environnement, l'enfant a besoin de MANIPULER, et d'agir sur ce qui l'entoure. Cela passe par des périodes ou chaque objet est digne d'intérêt pour lui. En les touchant, il apprend leurs propriétés, d'un point de vue sensoriel : c'est froid, c'est rugueux, c'est lourd, c'est creux, ça roule, ça se casse (et oui, ça fait partie des expériences de la petite enfance ! ), ça pique, etc.

Ces découvertes sont indispensables au développement de son cerveau, car elles permettent aux neurones de se connecter entre elles.

Elles ne peuvent se faire qu'au travers de la manipulation, qui constitue l'essentiel de l'activité du jeune enfant (avec la motricité), et qui représente, en quelque sorte, son travail de bébé.

Au travers de toutes ces perceptions, n'oublions pas qu'il intègre des concepts de physique et de mathématiques, qui sont des socles pour les apprentissages futurs (la quantité, le poids, la gravité, le volume, la distance, etc)

 

Si nous possédons des objets que nous ne souhaitons pas que l'enfant touche, mieux vaut les mettre hors de sa vue, le temps de cette période, mais aussi le temps qu'il puisse se "retenir" d'y toucher (ce qui ne sera pas possible lors de la période "touche-à-tout").

Nous pouvons aussi nous dire que cette période est passagère, et lui permettre (plus ou moins selon les personnes...) d'avoir accès à certains objets de notre quotidien.

Nous pouvons aussi l'observer, pour mieux comprendre ses besoins du moments, et ainsi, chercher des objets sans danger et sans valeur, et/ou des jouets qui pourront satisfaire l'insatiable curiosité de notre aventurier en couche (penser à les renouveler, à les faire tourner régulièrement) !

 

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IL MET TOUT A LA BOUCHE :

 

 

Cela va avec le paragraphe ci-dessus ! En effet, l'enfant a un besoin impérieux et contre lequel il ne peut pas lutter, qui est de prendre connaissance des objets aussi avec sa bouche.

Déjà, dans le ventre maternel, elle lui permettait de nombreuses sensations. Puis, dans sa vie de nourrisson, en mettant ses doigts, ses pieds, dans sa bouche, celle-ci continuait de lui fournir de multiples informations. Ce "stade oral", décrit par Freud, perdure longtemps, et s'atténue en général avec l'arrivée du langage.

 

Lorsque l'enfant peut se déplacer (à 4 pattes ou debout), il a accès à de multiples objets, qu'il va aussitôt "goûter", pour voir quelles sensations et quelles informations ils vont lui apporter.

 

Les grandes inquiétudes des adultes durant cette période sont :  l'hygiène, le risque d'ingestion, le risque d'intoxication.

 

Là encore, à nous de faire attention à ce que les enfants sont susceptibles de mettre dans leur bouche.

Cependant, du point de vue de l'hygiène, il est important que l'enfant soit en contact avec un certain nombre de microbes, car cela participe à la construction de ses défenses immunitaires. En effet, tout aseptiser, c'est prendre le risque de le fragiliser plus tard.

Nous pouvons faire preuve de bon sens, et si ce n'est pas une bonne idée de le laisser jouer dans la litière du chat, en revanche, mettre de la terre dans sa bouche ne représente pas de risque majeur !

 

L'ingestion : Contrairement à une idée assez répandue, le risque d'ingestion est assez faible. L'enfant qui a l'habitude de mettre des objets dans sa bouche, ne les avale pas. Oui, c'est vrai, quand on y pense, nous avons rarement vu des enfants avaler des cailloux ou des boules de pâte à modeler... Il sait faire la différence entre manger et faire des expériences avec sa bouche.

Bien sûr, il faut veiller à ne pas laisser de petits objets à leur portée, afin de ne pas prendre de risque. Mais nul besoin de se jeter sur l'enfant si nous constatons qu'il a des cailloux dans la bouche, ni d'introduire brutalement nos doigts dans sa bouche (qui est une zone sensible) pour lui retirer ce qu'il vient d'y mettre... Il va les recracher de lui-même, ou alors, nous pouvons lui proposer de le faire, si nous avons peur qu'il les avale.

 

Concernant la toxicité : la première règle est de ne pas laisser de produits toxiques à la portée des jeunes enfants, cela va de soi, mais il est toujours utile de le rappeler.

Les matériels à destination des petits, sont, normalement, non toxiques. Alors sucer la pointe des feutres, manger la pâte à modeler, goûter la gouache, c'est absolument sans danger !

Nous pouvons expliquer à l'enfant que ces choses "ne sont pas faites pour être mangées", mais que nous voyons bien qu'il a très envie d'y goûter. Ensuite, nous pouvons plus ou moins laisser faire l'enfant, en fonction de ce que nous sommes capables de supporter face à ce petit omnivore !

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IL SE SALIT :

 

  Impossible pour un jeune enfant de faire toutes les expériences dont il a besoin pour bien grandir, (d'un point de vue moteur et intellectuel), sans se salir.

Nous l'avons vu, l'activité de l'enfant passe par la manipulation, mais aussi, par le mouvement, le déplacement (la motricité).

Manipuler et se déplacer implique d'être en contact avec des matières salissantes. Je viens d'évoquer la peinture, les feutres, la terre etc, mais il y aussi la nourriture, et toutes les surfaces sur lesquelles l'enfant va évoluer, notamment, dehors.

Si nous ne voulons pas freiner l'enfant dans ses découvertes, si nous ne voulons pas empêcher sa curiosité naturelle de s'exercer, nous avons de fortes chances alors qu'il se salisse.

Un peu de feutre sur les mains, un peu de terre sous les petits ongles, un peu de peinture sur le pantalon, un peu de purée dans les cheveux, semblent peu de choses au regard du plaisir et des découvertes que ces activités lui auront permises.

 

C'est pourquoi il est indispensable de prévoir des tenues confortables (pour bouger librement), mais aussi qui ne craignent rien (d'un point de vue du prix, ou de la fragilité). Si nous confions nos enfants, il est essentiel de prévoir des vêtements de rechange, pour le confort de tous et toutes (notamment celui des professionnel-le-s qui peuvent vivre dans le stress constant que l'enfant dont elles ont la responsabilité se salisse, et que ses parents en soient mécontents).

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CONCLUSION :

Nous ne sommes pas tous égaux dans notre capacité à supporter les différentes expériences des petits lors de ces périodes. Cela vient heurter notre rapport à la propreté, à la sécurité. Cela bouscule nos propres valeurs, liées à notre éducation. Nous avons tendance à considérer les tout-petits comme des êtres fragiles et qu'il faut protéger contre tout...

Bien sûr, les enfants ont besoin d'être protégés. Ils doivent pouvoir évoluer dans un environnement sain et sécurisé.

Mais cela doit rester "raisonnable", ne pas être au détriment de leurs besoins fondamentaux et ne pas empêcher toutes ces expériences indispensables pour leur développemnt psychomoteur.

 

Lorsque nous nous occupons de jeunes enfants que nous soyons parents ou professionnel-le-s), nous avons un travail sur nous-même à faire :

  • Baisser notre niveau d'exigence envers eux : par ex, on ne peut pas exiger d'un tout-petit qu'il ne touche pas à la télécommande posée sur la table basse, ni qu'il ne mette pas les mains dans son assiette de purée, à un moment ou à un autre.
  • Augmenter notre seuil de tolérance  : là, il s'agit de notre capacité à les voir manger le bout des feutres, patauger dans une flaque, mettre de la terre dans la bouche...

 

Lorsque nous arrivons à un réglage équilibré de ces deux curseurs, nous sommes plus sereins pour affronter toutes les périodes plus ou moins difficiles qui ne manquent pas de jalonner la vie des tout-petits. (Et des plus grands aussi, mais ça, c'est une autre histoire ! )

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Ci-dessous, 2 articles trouvés sur le web pour aller plus loin :

  • "Ces enfants qui n'ont plus le droit de se salir"
  • "Enfants d'hier et d'aujourd'hui, c'était mieux avant ? "

 

A toutes et tous, une très belle journée !