Soutenir l'enfant au quotidien

Publié le 13 Juin 2025

Soutenir l’enfant au quotidien


Quand le sentiment de sécurité affective est là, l'enfant est alors mieux disponible pour partir à l'aventure des découvertes, à l’aventure des apprentissages, partir à la rencontre des autres.


De nombreux ouvrages traitent de la sécurité affective, notamment ceux de Boris Cyrulnik (nourritures affectives, de chair et d'âme, sous le signe du lien). Une image intéressante est présentée dans le livre de Marie-Dominique AMY "la sécurité affective de l'enfant" :
"la sécurité affective est une grande maison qui se construit étage par étage à laquelle toute la famille participe. Petites et grandes mains portent et posent des pierres, du ciment, du bois".


Oui, mais concrètement, quel genre d'actions favorisent cette sécurité affective ?
Voici donc quelques propositions simples qui peuvent y contribuer…


LA POSTURE DE L'ADULTE
La sécurité s'instaure en premier par la posture de l'adulte, c'est à dire sa manière d'être. Sans actes particuliers, juste être là, être présent à soi-même, faire attention à ce qui se passe en nous-même. A partir de cette posture, la disponibilité et le temps donnés à l'enfant viennent le nourrir en profondeur. Il s'agit d'être ici et pas absorbé ailleurs.


Exemples concrets :
- une fois par jour, je me pose, je respire quelques secondes, j'arrête de penser à tout le reste, je laisse de côté mes soucis d’hier, ceux de demain, j'accorde 3 minutes à chaque enfant dans mon entourage.

Je me focalise sur l'enfant, je suis avec lui. Pas besoin d'actions spéciales, juste être là. Ce temps lui est donné juste pour lui. Ça le rassure qu'on s'intéresse à lui, ça valide que ce qu'il vit est réel. Bien sûr je peux le faire autant de fois que j'ai envie.
- J'achète un petit carnet sur lequel je note ce que j'ai envie de faire sur mon téléphone pour tout regrouper le soir : recherches internet, shopping, sms pour prendre des nouvelles d'une cousine… bref je diffère au soir ce que j'ai à faire sur le plan numérique. Dans la journée je réserve l'usage du téléphone à ce qui est vraiment nécessaire, je ré-apprends à faire une pause sans téléphone.


DU TEMPS
Ce temps qui compte est un temps de qualité. Peu importe le temps dont nous disposons pour prendre soin de notre enfant, ce qui compte c'est d'être pleinement avec lui.
Donc, en fonction de nos contraintes de vie, ce temps peut être court, mais l'enfant en a besoin. Pas besoin d'être disponible pour l'enfant 24h sur 24. La qualité du lien qui va se tisser dépend beaucoup de la qualité du temps accordé.


Exemples concrets :
Si je travaille de longues journées, un quart d'heure le soir consacré à un seul enfant, c'est déjà super. Si je vois mon enfant un week-end sur deux, je lui consacre au moins une heure pleinement disponible pour lui. Je prends l'exemple de cette mère célibataire qui travaillait en hôpital donc des grosses journées chargées. Elle a mis un point d'honneur à accorder à ses enfants une pleine disponibilité tous les dimanches matin. Les enfants savaient que ce moment était pour eux, sans travail, sans les soucis du quotidien. Cela a renforcé leur sécurité affective tout en prenant en compte la réalité du terrain. Si on peut donner plus, c'est une chance, mais même si c'est peu, ce temps rassure l'enfant sur sa place dans la famille, sur sa place dans son entourage, sur sa place chez son assistante maternelle. C’est un temps de rencontre avec l’enfant.

 

LES RITUELS
Ils permettent à l'enfant de se repérer, de savoir où il en est de sa journée, de donner une structure, de savoir ce qui est attendu sur ce moment-là. L'enfant sait ce qui va se passer, ça peut renforcer sa confiance en lui. L'anxiété peut un peu être atténuée.

C'est un élément clé de la pédagogie Montessori pour que les plus jeunes prennent confiance en eux. En se basant sur le cadre stable et rassurant de la régularité, l'enfant en grandissant va petit à petit prendre de l'autonomie par rapport à ces rituels. L'enfant va s'ancrer dans la vie quotidienne.


Exemples concrets :
ranger les chaussures exactement au même endroit, poser l'ours en peluche sur la même petite table pour l'y retrouver la prochaine fois, chanter une chanson au début de chaque repas, raconter une histoire avant la sieste ou avant le coucher du soir, le câlin du matin sur le fauteuil avant de déjeuner, accrocher son manteau toujours au même crochet…

Non seulement c’est rassurant mais en plus un espace de vie bien rangé contribue aussi au bien-être de l'enfant.


LE CONTACT PHYSIQUE
Un câlin, un bisou, une manière de porter, ça peut rassurer l'enfant. Pour Frans Veldman qui a développé les théories de l'haptonomie (la science du toucher) il existe une manière de rentrer en contact physiquement avec l'autre qui rassure : l'affectivité. L'affectivité c'est être présent pleinement en écoutant d'avantage le ressenti de son corps que de son mental. Ainsi certaines manières de porter les enfants peuvent être plus rassurantes que d'autres. Mettez-vous à la place de l'enfant : un géant s'approche de vous, préfèreriez-vous qu'il vous transporte en vous attrapant par les aisselles et les côtes ou qu'il vous pose dans sa main et vous transporte assis ?
En effet le sentiment physique de sécurité affective est renforcé par une stabilité de la colonne vertébrale lors du porté, en même temps qu’un soutien dans le dos de l’enfant ou en lui tenant la tête pour les plus jeunes.
Le contact peut aussi être visuel. Le mouvement Pikler précise bien c’est important que l'enfant sache qu'il se trouve sous le regarde de l'adulte.


Exemples concrets :
-porter l'enfant en le soutenant par le sacrum "la base", une main dans laquelle l'enfant est assis, une main qui soutient le dos ou la tête;

-quand l'enfant pleure si vient chercher de la réassurance je le laisse se blottir contre moi, je le prends dans mes bras ou je lui prends la main avec affectivité;
-quand l'enfant rencontre une nouvelle personne et qu'il se cache derrière mes jambes, je lui laisse tout le temps nécessaire pour se rassurer sans l'écarter de moi;
-quand je donne le bain à mon enfant je suis centrée sur lui et j'évite les distractions comme le téléphone portable (qui peut attendre les 15mn du bain).


ÊTRE DANS UN COCON
Certains enfants vont être très sécurisés en ayant accès à un petit espace mi-clos, un nid douillet, moelleux, confortable. Cet espace pourrait rappeler à l'enfant la sécurité de sa vie intra utérine, donc le replonger dans ce sentiment de sécurité absolue qu'il ressentait dans le ventre de sa mère. Attention, certains n'aiment pas du tout se trouver dans un espace clos et cela génère de l’angoisse.


Exemples concrets :
Laisser accès à l'enfant à petit cocon, une cabane, un espace Snozelen comme la stagiaire Manon l'avait proposé dans notre RPE, une cachette, un tissu tendu, pour faire un espace confiné. Dans la pédagogie Montessori, c'est le "lit maison" qui assure cette fonction, cependant Maria Montessori disait d'éviter de mettre un tissu au-dessus du lit car pour elle cela pouvait inquiéter l'enfant de peur qu'il ne lui tombe dessus pendant son sommeil.

 

LA CONFIANCE EN SOI
Tout ce qui peut renforcer la confiance en soi, l'estime de soi permet à l’enfant de se sentir mieux. Ça passe aussi savoir valoriser les réussites de l'enfant. C’est un vaste sujet qui mériterait un article complet
Exemples concrets :
s'adresser à l'enfant avec respect, valoriser ses réussites selon son âge aussi simples que de réussir à ramasser un caillou, cueillir une fleur, fermer une boîte, empiler des cubes...


POUR RÉSUMER
Il existe encore d'autres nombreux champs sur lesquelles accompagner l'enfant : reconnaître les émotions de l'enfant, savoir lui poser un cadre, des limites, la construction du schéma corporel, intégration des réflexes archaïques, poser sa voix d’une manière particulière, valoriser les échanges entre la famille et le lieu de garde…

Il existe encore plus de manière de mettre tout ça en œuvre. Chacun son style pour accompagner l'enfant à construire sa sécurité affective, il n'existe aucune recette miracle. Cette construction se fait petit à petit, en étant attentif à l’enfant, par l'ensemble des personnes qui composent l'environnement de l'enfant,  avec les enfants et les adultes. Le proverbe africain dit qu'il faut tout un village pour élever un enfant. En effet la diversité des interactions va pouvoir permettre à l'enfant de découvrir qui il est, ce qu'il aime, ce qui le rassure, ce qui le rend inconfortable.


C'est en étant soi-même, en partageant quelque chose de vrai avec l'enfant que l'interaction va donner des repères solides à l'enfant. Il va apprendre à se découvrir et s'autoriser à être lui-même.

 

 

 

Sources images pixabay.com et unsplash.com

Rédigé par Ram Api Issoire

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