Regarde moi, je fais plein de choses...
Publié le 6 Avril 2016
Bonjour,
Régulièrement, les professionnel-le-s de la petite enfance se demandent quoi proposer aux enfants, en terme d'activités.
Souvent, nous raisonnons en nous posant la question "que pourrions-nous bien leur "faire faire" aujourd'hui ?"
Peut-être l'erreur est-elle dans cette simple idée du "faire faire" ?
En effet, si nous pensons l'activité du jeune enfant non pas en choses à "faire faire", mais plutôt en choses à proposer qui permettent à l'enfant de FAIRE lui-même, nous résolvons une grande partie de notre problème !
D'autre part, si nous avons la conviction profonde que le bébé, le petit enfant, sait déjà faire tout un tas de choses, alors la question des activités se posera d'une toute autre manière...
Prenons le temps d'observer l'activité du jeune enfant ! Elle est infinie ! Il ne s'ennuie pas, et la moindre petite occasion, si banale puisse t-elle nous paraître, sera prétexte à "faire" pour lui.
Ainsi, je ne connais pas d'enfant qui ne fasse rien, du moins dans le sens général admis par la plupart des adultes.
Arrêtons nous quelques minutes pour admirer la patience de l'enfant qui tente de faire passer le lacet de sa chaussure dans l’œillet...
Observons celui-ci, qui aligne scrupuleusement ses petites voitures, ou encore cet autre, qui ouvre et ferme le tiroir, sans se coincer les doigts, car depuis longtemps, il s'exerce à ce petit jeu avec prudence.
Oui, regardons cet enfant, qui passe un long moment à jouer avec la tige du volet roulant, en essayant de comprendre le mécanisme, jusqu'où il peut tenir la tige, comment la décoller de son support aimanté, avec quelle force, et quel effet cela fait de la remettre.
Dans la cuisine, les gobelets sortis pour le goûter sont des occasions pour jouer à les mettre les uns dans les autres et les aligner.
Et ce bébé qui passe tant de temps à essayer de garder sa main dans son champ de vision, et qui finit par réussir. Par la suite, cette activité deviendra volontaire et sera source de beaucoup de plaisir...
Une multitude d'exemples nous montrent toute la diversité de l'activité autonome de l'enfant, pour peu que nous voulions bien y regarder d'un peu plus près !
Ce ne peut être autrement, puisque la première étape du développement de l'intelligence selon Piaget, c'est le stade sensori-moteur ! C'est à dire que le bébé ou le tout petit (jusqu'à environ 18mois/2ans) va acquérir des compétences, des connaissances, va comprendre le monde, à partir de ses perceptions sensorielles, de ses manipulations et de ses déplacements.
Si nous n'interrompons pas les enfants, si nous considérons que toutes ces activités (car oui, ce sont bien des activités) ont autant de valeur que n'importe quel jouet éducatif ou activité qu'on leur "fait faire", nous leur permettons de développer leur persévérance, de construire leur sentiment de compétences ("c'est moi qui fait"), car nous les portons et nous les soutenons par notre regard, et par la confiance que nous leur accordons.
Nous les aidons à se construire en tant qu'êtres ayant le pouvoir d'agir sur leur environnement.
Par ailleurs, en répétant une même action, en s'exerçant maintes et maintes fois, le bébé affine ses gestes, il élabore des hypothèses, vérifie que son action produit toujours le même effet. Il se confronte à des concepts scientifiques autour de notions comme le vide, le plein, la distance, la vitesse, la force d'attraction, les ordres de grandeur... Plus il aura eu d'occasions d'expérimenter ces notions, au travers de son activité spontanée, plus ces concepts seront faciles à assimiler et à comprendre plus tard. Car l’on apprend toujours mieux par l'expérience, c'est vrai à tout âge...
Nos vies sont, il est vrai, parfois trépidantes. C'est souvent vrai pour certains parents, qui n'ont pas, ou ne prennent pas toujours le temps de regarder leur enfant, de lui laisser le temps de...ou qui ne savent pas...
Raison de plus pour que les professionnel-le-s offrent aux tout-petits des espaces-temps à l'intérieur desquels ils puissent agir sur leur environnement en toute quiétude, rythmés par les temps de repas, sommeil et soins.
A nous de réfléchir à des organisations qui permettent et protègent cette activité, sans devoir sans cesse les brusquer, les interrompre, stopper une initiative.
Bien que nous ayons aussi des contraintes, il est toujours utile, avant d'interrompre un enfant, de regarder avec attention ce qu'il est en train de faire, et peut-être ne sommes-nous pas à 2...3...5mn près ? C'est notre responsabilité et aussi notre mission que de donner aux enfant le temps de grandir, de leur laisser vivre leur enfance de l'enfance, tout simplement..
Aussi, nous pouvons les prévenir lorsque nous nous apprêtons à passer à autre chose, et nous pouvons sans doute laisser l'enfant aller au bout de son initiative, à chaque fois que cela est possible (et nous donner les moyens de le rendre possible ! )
De cette façon, nous garantissons aux petits que nous accueillons, plaisir d'agir, temps pour le faire, et de ce fait, , sans doute la meilleure façon de grandir !
Belle journée !
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