Très bon moment en compagnie de Jean Epstein !

Publié le 11 Octobre 2018

Très bon moment en compagnie de Jean Epstein !

Bonjour,

 

Hier, nous nous sommes rendues à la conférence de Jean Epstein, avec quelques assistantes maternelles.

"De l'enfance à l'adolescence, je joue, donc j'apprends", tel était l'intitulé de cette conférence.

Cependant, comme à son habitude, Mr Epstein nous a proposé une conférence "mosaïque", telle qu'il se plaît lui-même à les nommer !

Difficile exercice que de vouloir faire un compte-rendu fidèle, tant ses propos sont riches, foisonnants d'exemples, d'anecdotes, et de détours sur des points qu'il considère importants.

Mon retour sera donc tout à fait subjectif et personnel, au-travers de mes notes, mais également de ce qui aura plus particulièrement retenu mon attention.

 

D'après moi, l'idée générale qui se dégage, c'est l'importance des fondations dans la petite enfance, et les impacts dans la construction de l'adolescence puis du futur adulte.

On peut dire que cette idée constitue le fil rouge de l'intervention de Jean Epstein.

 

Cependant, il nous rappelle que, même s'il y a des "ratés" au cours de la vie, il y a toujours des "sessions de rattrapages". Ainsi, il souligne les travaux de Françoise Dolto et de Boris Cyrulnik, sur l'idée que tout ne se joue pas avant 3 ans...ou avant 6 ans, et que le phénomène de résilience a son importance dans la réparation de parcours accidentés.

En tant que psycho-sociologue, il nous donne un éclairage sur l'évolution de la place de l'enfant.

Pour la génération de nos parents/grands-parents, l'enfant était destiné à "reproduire" des valeurs, un métier, etc.

Aujourd'hui, il est devenu un objet de dépassement, condamné à réussir, à être performant.

Cette évolution impacte fortement la manière dont les parents vont l'éduquer, mais aussi la façon dont les professionnels vont le prendre en charge, le matériel qui va être proposé par les enseignes de puériculture et de jouets, etc. 

Jean Epstein nous alerte sur ce surinvestissement de l'enfant par les parents. Il devient objet de toutes les attentes, et cela compromet une construction harmonieuse.

 

Il nous rappelle que le rôle de l'enfant , c'est d'être l'enfant de ses parents, c'est à dire, être à sa juste place. Il n'en est pas le thérapeute, ni le conjoint, ni le confident, etc.

C'est ainsi qu'il pourra développer les 6 points fondamentaux qui feront de lui un adulte équilibré :

  • L'autonomie affective; c'est à dire, la capacité de vivre POUR soi et AVEC les autres (le surinvestissement de l'enfant par ses parents fabrique des ados et des adultes qui ne parviennent pas à cette autonomie, qui font les choses pour faire plaisir, ou au contraire qui vont avoir besoin de dominer et/ou d'humilier l'autre pour se sentir reconnu)

 

  • L'autonomie sexuelle, (Jean Epstein nous rappelle l'importance du couple conjugal, à l'épreuve du couple parental lors des premiers mois de l'enfant. Cet équilibre fragile entre ces deux formes de couple, qui doivent cohabiter pour perdurer, est déterminé par la place qu'occupe le bébé. Ainsi, lorsque le bébé est à sa juste place, cela va poser les bases de sa future autonomie sexuelle)

 

  • L'autonomie financière. Sur ce point Epstein rappelle la nécessité pour l'enfant de comprendre qu'il ne peut pas tout avoir, alors que le contexte actuel incite les parents à faire l'inverse.

 

  • Accepter la frustration : encore un point essentiel durant la petite enfance, puisque l'enfant devra passer du principe de plaisir (les premières semaines de vie) au principe de réalité. Les adultes vont l'accompagner dans cette étape, tout au long de l'enfance, mais qui se poursuit à l'adolescence, en posant un cadre (on ne peut pas tout faire), en favorisant sa capacité à attendre (attendre son tour, attendre que la tarte soit cuite, etc), en résistant à la société de consommation (on ne peut pas tout avoir).

 

  • Dominer ses peurs. C'est à dire être capable d'évaluer les risques. Pour qu'il puisse acquérir cette compétence, il est important de  permettre à l'enfant de prendre des risques mesurés au quotidien. C'est miser sur sa future capacité à dominer ses peurs.

 

  • Construire son identité : "qui suis-je, ET de qui suis-je l'enfant ? ". L'identité se construit sur ce double aspect. L'enfant va avoir besoin de s'identifier positivement au travers de l'image des parents. Il est donc fondamental que les adultes (père et/ou mère, professionnel.le.s, autres membres de la famille) lui transmettent une image positive de l'un et l'autre de chacun de ses parents.

 

Lorsque l'une ou l'autre de ces compétences n'est pas acquise, ou mal, certains enfants, adolescents, ou adultes, vont développer des symptômes plus ou moins graves ou gênants pour eux-même ou leur entourage : Toujours vouloir tout et tout de suite (ce qui peut produire des tendances au surendettement plus tard), peur de ne pas être à la hauteur, anorexie, violence, etc.

Epstein s'appuie sur les résultats d'un rapport européen qui démontre que les phénomènes de violence observés chez les ados , ainsi que certaines formes de mal-être ,trouvent leur origine dans la petite enfance et l'enfance.

C'est probablement aussi parce qu'ils n'ont pas eu la réponse adéquate à la question "Est ce que je suis aimé pour ce que je suis", qui d’après Epstein, est la question centrale qui traverse l'être humain de sa petite enfance à l'âge adulte.

Cela montre l’importance de l'éducation, et donc de la prévention. C'est ce que les québécois.e.s appellent "l'accompagnement du lien"  et nous le "soutien à la fonction parentale" .

 

Pour faire une conclusion en lien avec les propos de Jean Epstein, je dirais que, face à des parents qui doutent de plus en plus de leurs capacités à être de "bons parents", nous, professionnel.le.s, avons un double rôle à jouer :

 

Auprès des parents afin de les aider à reprendre confiance.

  • Auprès des enfants, afin de les accompagner dans l'acquisition des 6 points ci-dessus, en résistant aux différentes formes de pressions sociales : performance, hygiène et sécurité, comparatifs entre enfants, exigences des parents , etc. Il est également fondamental de se donner les moyens de les accueillir dans leurs diversités : en acceptant et en respectant les différences de rythmes d'acquisition, qui peuvent être de grande amplitude; en acceptant et en respectant les différentes formes d'intelligence, observables dans les centres d'intérêt et les activités des enfants.

 

Belle journée ! 

 

Rédigé par Ram Api Issoire

Publié dans #pedagogie, #ca peut vous interesser

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article