"Laissez-les jouer ! "

Publié le 10 Décembre 2015

 

Bonjour,

 

Mardi 24 novembre, nous avons accueilli Anne-Sophie Casal, psychologue, formatrice et responsable du secteur petite enfance du Centre National de Formation aux Métiers du Jeu et du Jouet (FM2J, lien ci-dessous).

Voici un compte-rendu non exhaustif, et parfois enrichi de quelques éléments supplémentaires, de sa conférence sur le jeu, intitulée "Laissez-les jouer ! ".

Bonne lecture.

 

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Nous constatons actuellement que nous vivons dans une société d'abondance. Le marché du jouet se porte à merveille, et les enfants sont entourés d'une multitude de jouets.

Pourtant, nous entendons régulièrement que les enfants "ne savent plus jouer"...

Les rythmes parfois intenses, qu'ils doivent subir au quotidien, les nombreuses activités annexes qu'ils pratiquent, ainsi qu'un nombre trop important de jeux et de jouets, sont certainement des facteurs qui expliquent cette soi-disant incapacité à jouer.

 

Alors qu'aujourd'hui, tout le monde s'accorde à reconnaître l'importance du jeu dans le développement de l'enfant, comment lui redonner sa place dans le quotidien du jeune enfant ? Comment le favoriser de manière autonome et sécurisée ? Quelle est la place et le rôle de l'adulte ?

 

Pour cela, nous pouvons revenir un peu sur la notion de jouer et sur ce que le jeu permet aux enfants :

Jouer est une activité incontournable (présente chez tous les mammifères). Elle permet de se détendre, c’est comme une récréation sur les rythmes.

Grâce à cette détente, l'enfant mobilisera mieux ensuite son attention, et ainsi, les apprentissages seront plus faciles.

 

Nous pouvons nous souvenir que l'enfant apprend en jouant, mais qu'il ne joue pas pour apprendre...car :

  • le jeu est une activité libre (c'est-à-dire qui est choisie et non subie, et dont le début et la fin sont décidées par les joueurs),
  • gratuite (dans le sens où il n'y a pas d'attente de résultats)
  • et fictive (qui n'est PAS la réalité).

 

Le jeu est vecteur de socialisation, car il provoque la rencontre avec l'autre. Ainsi, l'enfant va progressivement sortir de ce que l'on appelle "l'égocentrisme enfantin" (c'est-à-dire, l'incapacité pour l'enfant à prendre en considération l'autre). En jouant, l'enfant agit sur son environnement et sur les autres (prendre le jouet des mains, interpeller l'autre pour qu'il joue, s'installer à côté pour regarder...), tout autant que l'environnement va agir sur lui (se faire prendre le jouet, se faire interpeller, etc.). Lors de ces différentes interactions au cours du jeu, la conscience de soi et des autres émerge peu à peu. On assiste à des jeux côte à côte, plus courants que des jeux construits ensemble lors des deux premières années, pendant lesquels les enfants se livrent à une sorte de "monologue collectif".

En agissant sur son environnement, l'enfant apprend, grandit, se construit, prend conscience de son pouvoir sur les choses. Il renforce son estime de lui-même : "C'est moi qui ai fait ça ! " (la tour de cubes, l'habillage du poupon, mais aussi toutes les expériences de relation de cause à effet : allumer/éteindre, faire tomber la tour, ouvrir/fermer, etc. )

 

Le jeu symbolique ou d'imitation, quand à lui, est un moyen pour l'enfant de rejouer, et ainsi de s’approprier, les conventions sociales, les règles, etc. Dans ces jeux, l'enfant va mettre en acte ce qu'il ne peut dire, ce qu'il a du mal à supporter dans la réalité (les obligations à l'école, ou à la maison...).

Il nous faut nous souvenir que ces scènes de jeu (qui peuvent nous paraître très violentes parfois !) ne sont pas LA réalité, mais plutôt le reflet de la façon dont l'enfant vit les choses de l'intérieur. En rejouant des situations du quotidien, il va libérer des tensions et se décharger de certaines émotions. Il lui sera plus facile ensuite, d'accepter, d'assimiler des réalités qui peuvent être difficile à vivre pour lui (par exemple, le poupon peut représenter le petit frère ou la petite soeur nouvellement né-e, qu'il va aller jeter tout naturellement à la poubelle ! Ou bien, le poupon va le représenter lui, tandis qu'il jouera le rôle du parent très sévère qui hurle sur ce pauvre poupon qui ne veut pas finir sa soupe ! )

Il est important que l'adulte n'interprète pas, ni n'interfère dans ces moments de jeu.

 

Le temps (un début, une fin -parfois contrainte...), des objets/jouets (même si les enfants savent aussi s'en inventer pour jouer), des espaces (définis, dans lesquels le jeu pourra se dérouler) et un ou des adulte(s) (présence à proximité), serviront de cadre sécurisant et contenant à cette activité.

 

Les espaces de jeu vont s'organiser autour de quatre types de jeu, inspirés des découvertes de Jean Piaget à propos des stades de développement du jeune enfant. Chacun correspond à des besoins spécifiques et incontournables :

  1. Un espace de jeux d'exercice (sensoriel, manipulation, motricité) : avec des objets et/ou jouets qui permettent de regarder, écouter (attention au volume sonore, privilégier les sons doux et non agressifs, aussi bien pour les adultes que pour les enfants), mettre à la bouche, attraper, toucher, observer la relation de cause à effet, secouer, faire apparaitre/disparaitre, remplir, vider...Ne pas oublier un espace de motricité pour bouger son corps, se déplacer.
  2. Un espace de jeux symboliques : avec du matériel pour imiter, faire semblant, se déguiser, se mettre à la place, imaginer (coin dinette, ferme ou garage, déguisement, etc.)
  3. Un espace de jeux d'assemblages : pour construire, déconstruire, réfléchir (duplo, pyramides de cubes, jeux de construction à adapter aux capacités des enfants...)
  4. Un espace de jeux à règles : Choisir des jeux très simples (mémory, jeux de hasard, Le Verger, lotos...), limiter le nombre de cartes (par exemple pour le mémory et le loto), privilégier les jeux coopératifs.

S’il est intéressant d’introduire progressivement des jeux avec gagnant/perdant, il est néanmoins important d’accompagner l’enfant s’il perd, sans le laisser gagner constamment. Cependant, avant 5 ans, l’enfant n’est pas totalement sorti de sa « toute-puissance » et de son égocentrisme. C’est pourquoi il lui est difficile de perdre à un jeu. Il a donc besoin d’un accompagnement bienveillant de l’adulte, qui mettra l’accent sur le plaisir partagé à jouer, plutôt que sur le fait de perdre ou de gagner.

On peut ajouter à ces espaces, des coins destinés aux activités manuelles (dessiner, découper, peindre, coller, déchirer...)

 

Quelques grands principes d’aménagement :

  • Les espaces doivent être délimités : ainsi, ils sont clairement identifiables par les enfants, ils ont une fonction « contenante », ils sont pratiques et évitent le mélange de jeux.
  • Sortir un nombre restreint d’objets, et rester dans le thème. (un nombre suffisant tout de même pour éviter de trop fortes convoitises sur un même jouet) : par exemple, limiter la quantité de dinette, pas besoin de 15 jeux d’assemblage en même temps, quelques hochets bien choisis suffisent, etc.
  • Ne pas oublier la règle des « 3 semaines » : les espaces de jeux représentent des repères pour les enfants, qui participent à son sentiment de sécurité. Certains peuvent être fixes tout le temps (un coin dinette, par exemple), d’autres peuvent tourner, mais il faut les laisser suffisamment longtemps pour que l’enfant les intègre dans son environnement familier.
  • Installer du « prêt à jouer » : monter quelques cubes, commencer une construction en duplo, mettre la table dans un coin dinette, installer le tapis avec quelques hochets pour les bébés, mettre en scène la ferme ou le garage, habiller les poupons et les coucher dans le lit, ou les asseoir... Autant de façons de susciter le désir de jouer, et de provoquer quasiment immédiatement le jeu.

 

Place et rôle de l’adulte :

  • Il est essentiel que l’adulte ait conscience de l’importance et de la valeur pédagogique de ces moments de jeu libre, qui ne sont pas des moments « occupationnels » (bien que les enfants soient très « occupés », concentrés, impliqués, etc, dans ces moments ! )
  • La proximité de l’adulte, portant un intérêt authentique aux jeux de l’enfant, va agir comme un « phare » pour ce dernier. L’enfant jouera d’autant mieux s’il perçoit le regard de l’adulte.
  • Il n’est pas utile d’intervenir dans le jeu, ou d’interpréter des actions. On peut simplement répondre à l’invitation de l’enfant, mais le laisser maître du déroulement.
  • De même, en cas de conflit, il vaut mieux observer, mettre des mots sur ce qui est en train de se passer si besoin. S’ils n’en viennent pas aux mains, les enfants en général, trouvent eux-mêmes des solutions : céder, attendre que l’autre se détourne du jouet, échanger un jouet contre un autre... Leurs panoplie stratégique est assez étoffée si l’on y regarde de près et souvent ! Et puis, le conflit est incontournable dans la socialisation. C’est une façon pour l’enfant de comprendre l’effet de ses actions sur les autres, et les actions de l’autre sur lui-même. Il peut ainsi expérimenter ce qui lui est possible de faire, en fonction de celui ou celle avec qui il se confronte.

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Ainsi, nous voyons que laisser les enfants jouer ne signifie pas seulement leur sortir des jouets et les laisser se débrouiller !

Cela suppose de la part des adultes, des connaissances et des compétences pour :

  • Connaître et comprendre l’importance du jeu.
  • Réfléchir à des aménagements qui soient cohérents pour les enfants
  • Installer des espaces adaptés aux âges, compétences et intérêts repérés de ces derniers.
  • Organiser, mettre en scène les espaces pour donner envie et déclencher le jeu.
  • Etre présent, être capable de regarder, sans intervenir (sauf cas de danger bien sûr)

 

Vous trouverez ci-dessous quelques photos des jouets apportés par la conférencière, un lien vers le centre de formation, ainsi qu'un document complémentaire, très bien conçu, qu'Anne-Sophie Casal a bien voulu nous transmettre et que vous pouvez enregistrer ou imprimer pour le garder comme documentation pédagogique. Sinon, il est disponible au RAM pour les personnes qui le souhaitent.

 

A bientôt, belle journée !

"Laissez-les jouer ! "
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Rédigé par ram issoire communauté

Publié dans #pedagogie, #Conférence, #ca peut vous interesser

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