La motricité libre, c'est bon pour les enfants...

"Se mouvoir en liberté dès le premier âge"...

 

Le "concept" de motricité libre est aujourd'hui connu de la plupart des professionnel-le-s de la petite enfance, ainsi que de nombreux parents, sensibles à une approche plus respectueuse des rythmes de développement de l'enfant.

 

C'est Emmi Pikler, pédiatre hongroise, qui a démontré que le développement moteur de l'enfant s'acquiert naturellement, et que les différentes positions inhérentes à ce développement apparaissent dans un ordre chronologique précis, lorsqu'on le laisse  se mouvoir librement.

 

Les interventions des adultes pour placer l'enfant dans ces positions sont inutiles, puisqu'il porte en lui un "programme" moteur qui va lui permettre de passer d'une étape à une autre sans heurts et sans difficultés majeures, de sa propre initiative.

 

C'est grâce à une observation fine et rigoureuse  de plus de 700 enfants, laissés libres de leurs mouvements, réalisée sur plusieurs années à Loczy (pouponnière aujourd'hui nommée "Institut Pikler", située rue Loczy, en Hongrie, dont Emmi Pikler fût la directrice pendant de nombreuses années), qu'Emmi Pikler a pu expliquer  le déroulement des étapes du développement moteur, et le faire connaître à un public plus large. (dans l'ouvrage "se mouvoir en liberté dès le premier âge", qui est un compte-rendu de ses travaux de recherche).

 

Cette étude a aussi montré que les amplitudes d'âge selon les enfants peuvent être très grandes. Les comparaisons ou les inquiétudes n'ont pas lieu d'être si l'enfant va bien (pas de pathologies supposées ou réelles)

 

Les bienfaits de la motricité libre font aujourd'hui largement consensus. Une grande aisance corporelle , de la prudence, le "sentiments de compétence" que les enfants, libres de leurs mouvements, peuvent développer, sont autant de qualités indispensables pour se construire.

 

La motricité libre s'accompagne, c'est-à-dire qu'on ne laisse pas l'enfant "se débrouiller", ou "se développer tout seul". L'adulte, par sa présence attentive et attentionnée à l'égard de l'enfant, par le regard qu'il va poser sur les efforts de ce dernier, va porter et soutenir l'enfant dans ses progressions, sans pour autant intervenir dans les différentes étapes.

 

Ci-dessous un texte explicatif de Miriam Rasse (directrice de l'association Pikler-Loczy), et, pour aller plus loin,  un lien vers le site de l'association Pikler-Loczy de France.

 

Bonne lecture ! 

 

 

La liberté motrice consiste à laisser libre cours à tous les mouvements spontanés de l'enfant, sans lui enseigner quelque mouvement que ce soit.

Le nourrisson sera toujours posé sur le dos tant qu'il ne sait pas, de lui-même, se tourner sur le ventre. Cette position sur le dos est celle qui permet le plus de détente (absence de tension pour soutenir sa tête) et le plus de possibilités d'activités propres à cet age (tourner sa tête, mouvoir ses jambes, ses pieds, ses bras et ses mains, bouger son tronc). Un enfant ne sera jamais mis dans une position qu'il ne sait déjà prendre de lui-même (on ne le mettra pas assis, ni debout avant qu'il ne le fasse de lui-même), on ne lui apprend pas à acquérir ces postures : il les découvre de lui-même, à partir de sa maturation neurologique et au gré de ses intérêts et de son désir d'expérimenter un nouveau mouvement. L'enfant essaie de nouveaux exercices, non pas poussé par un adulte qui attendrait de lui performances et précocité, mais parce qu'il se sent prêt à explorer une nouvelle possibilité, il en a envie et s'en perçoit capable.

Bien sûr, pour que l'enfant puisse développer sa motricité, un certain nombre de conditions sont nécessaires :
 

  • Une relation harmonieuse et porteuse de sens avec les adultes qui prennent l'enfant en charge
  • Des conditions matérielles, telles qu'un espace suffisant, un environnement riche et varié qui donne envie d'agir, des vêtements adéquats qui n'entravent pas les mouvements. De même, un enfant n'est jamais immobilisé dans une chaise, par exemple, ou gêné dans ses mouvements par un babytrot
  • Au cours des contacts avec l'adulte, des " conditions posturales " évitant de provoquer, de manière répétitive, des crispations de l'enfant (manière de le prendre pour le soulever, de le tenir, de le porter, de lui donner des soins…)

 

L'utilisation d'accessoires, de même que l'intervention directe de l'adulte dans l'acquisition de certains mouvements résulte souvent de l'inquiétude des adultes (" si on n'apprend pas à marcher à notre enfant, il ne saura jamais marcher tout seul ") ou d'un souci de fortifier les muscles et de lui faire faire des exercices moteurs. Or, toutes ces aides que l'adulte pense apporter à l'enfant entravent un développement harmonieux de sa motricité en provoquant des crispations empêchant la coordination de l'ensemble des parties du corps. 

E. Pikler a constaté chez tous ces nombreux enfants qui ont développé leur motricité de façon spontanée et par leur activité autonome, l'apparition successive de postures fondamentales. De plus, tous ces mouvements libres de l'enfant sont eux-mêmes autant " d'exercices de gymnastique " qu'il expérimente puis maîtrise peu à peu, et ce sont ces exercices répétés des centaines de fois qui vont permettre à l'enfant de découvrir l'organisation dynamique globale de son corps, de ses différents muscles et ainsi le préparer peu à peu à toutes les positions successives de plus en plus complexes dont finalement les postions assise et debout.

Alors que l'enfant assis dans une chaise ou calé avec des coussins, avant qu'il ne sache s'asseoir de lui-même, va se trouver " cloué " sur place, immobilisé, réduit à une même et unique posture ; il ne pourra même pas jouer avec des objets car son équilibre est si précaire qu'un mouvement pour attraper un jouet tombé va le déséquilibrer. Ces enfants mis dans des positions qu'ils ne maîtrisent pas, restent tributaires de l'adulte malgré leur agilité et leur mobilité grandissantes dans d'autres postures, déjà maîtrisées.

Cette liberté motrice permet à chaque enfant de se développer selon son rythme et les tableaux d'E. Pikler nous montrent une large dispersion des âges auxquels chaque enfant acquiert une nouvelle posture et favorise un bon équilibre, une bonne qualité de mouvement qui font constater, chez ces enfants, une grande harmonie et aisance corporelle.

Cette maîtrise de leur motricité se répercute sur le développement de toute la personnalité de ces enfants et influence leur développement psychique : ils acquièrent l'assurance dans leur corps ainsi que la prudence et apprennent à réagir avec adresse aux incidents inattendus et chutes qui peuvent accompagner leurs jeux.

Ces mouvements participent à la construction d'une sécurité intérieure et d'une conscience de leur propre valeur, de leur compétence ; en expérimentant et découvrant leurs possibilités motrices, ces enfants développent un esprit d'initiative, une curiosité et un intérêt pour la découverte du monde, ils font preuve d'attention et de persévérance dans leurs tentatives ; ils découvrent le plaisir de l'activité riche, autonome et éprouvent un sentiment de réussite. Ces mouvements actifs des enfants, dont ils prennent l'initiative, jouent un rôle prépondérant dans le développement de l'intelligence : connaissance du corps propre mais aussi du monde extérieur et des objets. Ils participent à toute démarche d'apprentissage et donc de connaissance en général.

Ce développement de l'activité autonome des enfants ne signifie nullement l'indifférence des adultes : chaque enfant a besoin de partager sa joie avec un adulte qui lui est cher, lorsqu'il fait une acquisition nouvelle. Les adultes sont attentifs aux progrès des enfants et y participent en organisant un environnement approprié aux besoins de développement de chaque âge et en recherchant les conditions de cette activité autonome de l'enfant. L'attitude de l'adulte favorisant cette liberté motrice s'inscrit dans une attitude générale qui consiste à respecter l'enfant, à le considérer comme une personne capable d'initiative et de décision pour ce qui le concerne lui seul : son corps.